Architecture d'intérieur, Fiction

B.A.A.M

note d'intention fascicule1106-1

year : 2017

LANCEMENT DE B.A.A.M
Les 300 premiers volontaires sont prêts à embarquer. Les règles ont été établies, toutes les conditions sont optimales pour le bon déroulement du projet. Dans quelques heures l’expérience va commencer.
Le projet B.A.A.M (biologic analysis of abandoned minorities) va se dérouler sur l’île de Bamseom, îlot vierge en plein milieu du fleuve Han. Les conditions sont optimales pour permettre à B.A.A.M de recueillir le plus de données possibles tout en offrant à une population rejetée le choix d’une nouvelle vie. Leur société est à construire, leur survie et leur appropriation du territoire en dépend. L’espace inviolé de l’île de Bamseom est idéal pour pousser le survivalisme et l’adaptation d’une société dans ses derniers retranchements. Tout y est disponible pour une autosuffisance à condition de ne pas dépasser les 400 habitants – pour 300 000m² de superficie.
Les données récoltées vont être très précieuses pour les projets urbains et sociétaux à venir. L’étude des derniers retranchements humains et de leur adaptabilité en milieu hostile va permettre d’améliorer le quotidien de milliers de Séoulites.

Les rejetés d’une société hyper-urbanisée telle que Séoul sont-ils capables de fabriquer un écosystème social ?

L’évolution du territoire s’est toujours faite dans la violence. Qu’elle soit humaine ou météorologique. C’est le chaos qui a toujours mené cette société à évoluer, à se remettre en question. L’appréhension de nouvelles techniques de construction a aussi rythmé leur évolution, que ce soit dans l’acquisition du tressage de fibreux et la découverte des techniques d’adobe ou de pisée liées à la terre crue.

Au bout de 42 ans d’expérience, la société de B.A.A.M s’est enfin stabilisée. Elle a trouvé un semblant d’équilibre et cet état a intéressé la ville. Des analyses et des études plus approfondies ont alors été lancées au début de cette année 2049, dans le but de lancer une grande opération de communication autour du projet.
A la recherche d’investissements, la ville de Séoul a décidé de faire un bilan scientifique, ethnologique et social. L’ambition est surtout de prendre du recul et de dégager des réponses dans le but d’attirer des actionnaires pour supporter les recherches futures liées au projet.

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UN TERRITOIRE
Nos observations ont prouvé que le territoire de l’île était habité de manière différente en été et en hiver. En effet, les participants se concentrent sur les terres centrales dès que le temps se refroidit. Ils cherchent ainsi à éviter les vents parfois très forts et se regroupent aussi plus facilement. On observe alors un foyer principal de plus de 100 individus et 4 foyers secondaires disséminés sur l’île. Au contraire, en été, la société s’éparpille beaucoup plus sur le territoire. Les corps viennent plutôt habiter les côtes ou les forêts : les unes pour la proximité de l’eau et la possibilité de pêche, les autres pour l’ombre apportée par les nombreux arbres mais aussi la fraîcheur du vent.
Cette occupation de l’espace montre une résilience toute particulière de cette population, liée à son passé mais surtout à ces 42 ans passés à apprivoiser un territoire totalement hostile.

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ETAT DES LIEUX
Leur nouveau quotidien est de vivre entre terre et mer, entre la montée des eaux, les regards de cette société qui les rejette et la cohabitation avec un écosystème dense et en constante évolution. Une ville horizontale qui se développe dans un cycle constant. Tous les paramètres s’équilibrent à présent dans une écologie sociale nouvelle. Ces hommes et ces femmes ont réappris à vivre ensemble, à fonder leurs propres codes au milieu de cet univers inconnu. Le dialogue est l’enjeu principal. L’organisation sociale est définie et équilibrée, des décisions sont prises lors de conseils spéciaux et les plus forts caractères ont pris place de porte parole. Parfois il y a conflit, comme dans toute société, mais l’équilibre global fait que ça dégénère rarement. Lorsque cela arrive, le volontaire finit souvent par s’exiler. L’île se construit aussi dans cette violence parfois pédagogique. C’est une société auto-suffisante qui s’est créée, une société organisée dans un dialogue constant de l’espace et des corps par une fusion physique avec les éléments naturels. L’espace, hostile au premier abord, a modifié les habitudes des habitants, leur corps évolue, leur vie évolue.

Les répercussions directes ne seront surement visibles que dans plusieurs décennies. Les corps, les esprits, les espaces, tout s’équilibre petit à petit. De nouveaux éclats vont venir rythmer la société, la fissurer, la changer et la rendre plus forte. De nombreuses croyances se sont ainsi développées, en particulier au sujet de notre équipe de chercheur et du but de cette expérience. Les participants ne nous voient pas mais sont conscients de notre existence et de leur observation. Certains pensent que l’expérience a toujours eu pour but de se débarrasser définitivement d’eux en les laissant sans aucune ressource dans un environnement hostile. D’autres considèrent nos équipes comme leurs sauveurs, ceux qui leur ont permis d’atteindre un niveau de vie supérieur et un développement psychologique fulgurant. Nous ne faisons rien pour alimenter les rumeurs. Expérience divine ou enfer sur terre, les seuls juges sont ces habitants. Ils ont créé leur propre mythologie, qu’ils alimentent autour des discussions au Taphos mais aussi de leur vie de tous les jours.

Après ces 42 passés à vivre en autarcie totale, ces observations nous mènent à tirer des conclusions sur nos propres modes de vies et notre façon d’habiter la ville de Séoul.
Au cours de cette expérience, nous avons pu être témoins de la résilience totale dont fait preuve cette population de sans abris. La résilience est la capacité d’un écosystème, d’une espèce ou d’un individu à récupérer un fonctionnement ou un développement normal après avoir subi une perturbation. Le projet B.A.A.M est un témoignage constant de ce phénomène, que ce soit dans l’écosystème social créé par les participants ou dans le comportement même de l’environnement dans lequel ils évoluent.
Les corps s’adaptent mais l’île aussi, pour recréer un équilibre écologique et social. Cette capacité d’adaptation est une des grandes leçons de cette expérience. Une équipe de scientifique travaille déjà sur des applications directes dans notre vie de tous les jours, sous la forme de perturbations qui pourraient ainsi permettre à la société de continuer à évoluer et sortir de son stoïcisme actuel.
Le questionnement de notre rapport à l’environnement n’en devient que plus grand face à ce qui se passe sur l’île. On assiste d’année en année à une fusion de plus en plus forte entre les participants et ce qui les entourent. Ils ont appris à utiliser la faune et la flore pour se construire mais aussi à la respecter pour en faire un véritable allié de survie. Privés du confort moderne et tous les outils que l’on peut connaître, ils ont appris à vivre au rythme d’un écosystème pré-établi et à faire usage de tout ce qu’il pouvait lui offrir sans le saccager.
Il est assez fascinant de voir que dans une telle situation, des techniques et des réflexes primitifs refont surface. Ce projet nous propose une véritable réflexion sur le vivre ensemble. Actuellement la société coréenne se base sur le travail pour la communauté tout en étant dans le minimum de contact. La froideur de la ville mais aussi des gens est une conséquence directe des règles sociétales mises en place par la confucianisme. Ce respect distancé, cette pudeur extrême. Sur l’île, rien de tout ça n’existe, nous sommes dans un rapport charnel entre les personnes et leur environnement. Les réactions se basent sur les sensations et non la raison.
Voilà donc où nous en sommes en cette année 42. Nous avons semé les graines d’un projet novateur qui va faire évoluer le monde et la société coréenne.
Le futur n’attend pas.

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Ce projet est un projet critique et engagé. Il propose une vision, une façon d’habiter, de renouveler l’expérience du vivre ensemble mais ne juge pas. C’est une réaction violente d’organismes, un système d’autodéfense qui prend une forme architecturée. L’espace parle des problèmes de la société coréenne et remet en cause son évolution, il accentue le contraste de cette société figée, de la résilience de l’île de Bamseom et de la population des sans-abris. Nous ne sommes pas dans une réponse manichéenne mais simplement dans une réponse. La liberté d’interprétation et de jugement est libre à chacun.

Ce projet est un projet fiction, ancré dans une réalité, qui selon moi est glaçante et effrayante. Il se place en continuité de mon mémoire qui abordait, lui, la ville de Séoul comme une réelle dystopie poussée à l’extrême. Dans une société où les rêves et l’humanité ont disparus, comment les retrouver ? C’est le refuge d’un espace in touché et autonome de toute autorité. Une sorte de paradis perdu, d’utopie cachée au cœur de la ville.

Ce projet de diplôme a été présenté lors d’une soutenance jouée, mettant en scène une conférence fictive. B.A.A.M se poursuit actuellement dans une démarche d’écriture.

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